" Profession : rocker belge "
De: Intérieur NuitU - Vendredi 25 octobre 1996
Par: THIERRY COLJONLe rock belge va bien. dEUS, Moondog Jr., PPZ30, Mad Dog Loose et Hoover nous le confirment.
Le rock belge, comme tout autre, existe. Il connaît, à l'instar du football tricolore, des périodes de vaches maigres et des moments fastueux. Il est clair que nous traversons en ce moment ce temps béni d'une production qui a l'heur d'être d'une qualité exceptionnelle et de trouver son public. Et les intermédiaires (firmes de disques, relais à l'étranger, promoteurs, médias...) de faire le lien. Il est évidemment toujours bon de se plaindre, d'estimer que quelques noms rencontrant le succès ne doivent pas faire oublier le reste de la forêt, de groupes ayant les pires difficultés pour exister, pour survivre. Le manque de salles en Wallonie et le manque d'émissions télévisées dignes de ce nom restent le problème majeur d'une scène qui doit trop souvent se débrouiller, s'exiler ou mourir.
Ils sont nombreux à être partis en France trouver un contrat qui ne leur avait pas été offert chez nous : Marc Morgan, Marka, Odieu et Mistigri pour ne citer que ceux-là. Arno et Maurane ayant tout de suite compris qu'il valait mieux aller s'installer là-bas. Mais ça change : Axelle Red et K's Choice sont deux beaux exemples d'artistes locaux qui ont trouvé à Bruxelles des interlocuteurs valables, prêts à faire le maximum pour développer une carrière nationale et internationale.
Mais ça ne bouge pas qu'à Bruxelles : dEUS en est le plus beau des exemples, sinon la plus belle des exceptions, puisque c'est sur un petit label indépendant namurois que ce groupe anversois a trouvé oreille attentionnée avant que les Anglais d'Island en fassent autant et d'aujourd'hui distribuer le numéro un du rock belge dans le monde. dEUS a sans aucun doute été un détonateur. Evil Superstars et Flowers For Breakfast ont à leur tour été signés par des labels dépendant, comme Island, du géant PolyGram. Aujourd'hui, être belge et faire du rock est devenu un atout estimable aux yeux des directeurs artistiques français et anglais.
L'émission " Profession : rockeur belge " de ce soir est un portrait de cinq groupes qui font l'actualité : dEUS, Moondog Jr., PPZ30, Mad Dog Loose et Hoover. La très grande majorité de tous ces groupes cités sont flamands. On peut en déduire une plus grande sensibilité envers le rock que les francophones plus tournés vers la France et sa chanson. On peut aussi se poser des questions sur les infrastructures existant dans chaque petit village du plat pays permettant aux groupes de se forger un style sur scène. Il n'y a pas de mystère, c'est en donnant inlassablement des concerts qu'on trouve sa maturité.
On retrouve donc ici Tom Barman et dEUS au Pukkelpop, avec encore à l'époque Stef Kamil Carlens qui, depuis, a quitté le groupe pour mieux se consacrer à Moondog Jr. On le voit chez lui dessinant au calme, ce qui n'est pas étonnant quand, à la question " pourquoi avoir quitté dEUS ? ", Stef répond : à cause du bruit. PPZ30, c'est la gouaille du natif de Kokomo en Indiana, Bruce Ellison. On le voit sur scène à Nandrin et chez lui en train de faire du pop-corn. Mad Dog Loose, c'est un francophone (Be Plouvier qui vient déjà de sortir son album solo parallèle) et trois néerlandophones. Ils boivent et jouent au bowling. Hoover, enfin, sur fond de lâcher de montgolfières à Saint-Nicolas, c'est le petit miracle de cette année. Quand sort le film " Stealing Beauty " de Bertolucci, avec un de leurs titres sur la bande originale, personne ne les connaît et ne les a encore signés. Ce sera vite fait avec Sony-Belgique et plus de huit mille exemplaires du premier album de se vendre dès le premier mois. Un extrait du concert aux Nuits Botanique rappelle à quel point ce duo augmenté d'une chanteuse est charmant.
Ces cinq portraits ne font évidemment pas le tour de la question du rock belge dont le plus grand sponsor est le Forem. Dans ce milieu plus qu'ailleurs, la débrouillardise étant de mise...